Le Crépuscule des idoles est le livre-manifeste et préparatoire à un vaste projet qui ne verra jamais le jour : une tétralogie intitulée La Transmutation de toutes les valeurs. Initiée avec l’Antéchrist, cette œuvre est abandonnée par Nietzsche à la fin de 1888. Que voulait-il faire ? Opérer un changement de paradigme afin de sauver l’Europe du nihilisme. Il souhaitait la délivrer de ses illusions et de sa moraline, et libérer à nouveau la volonté de puissance. Il espérait incarner le point de basculement entre son époque décadente et une nouvelle Renaissance européenne, affirmation renouvelée du grand « Oui » à la vie.
Nietzsche avait conscience d’être l’arête philosophique entre deux mondes. Il y aura un avant et un après son œuvre. Il savait aussi qu’il ne serait pas écouté de son vivant. Son époque, son « Allemagne », était trop éloignée de ce qu’il incarnait. Nietzsche est venu trop tôt. Il parle en prophète du Nouveau Testament européen alors que tous ont les yeux rivés sur l’Ancien. Son Crépuscule des idoles sonne donc comme une récapitulation de son œuvre afin de préparer son grand bond en avant. C’est à la fois un avertissement, une invitation à la méditation et une préparation individuelle au combat : « ce petit écrit est une grande déclaration de guerre ». C’est un livre-marteau pour en finir avec les illusions, ces « idées » auxquelles on croit trop naïvement : les idoles.
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